"DOC." du n°
11 (09/2000)
Surcharges RF sur
timbres américains
Jean-François Brun (de
l'Académie de Philatélie)
Dans le précédent numéro de "Phil Flash"
(n°10), nous avions ainsi attiré l'attention des lecteurs sur
la cotation de surcharges RF sur timbres américains de 6 cents
neufs :
"Le catalogue Cérès est paru. Parmi les "nouveautés" :
cotation des surcharges RF sur timbres américains, EN NEUF, ce
sera plus facile de vendre ces faux. En effet les diverses
surcharges étaient apposées sur le courrier, à destination des
États-Unis, affranchi et remis au vaguemestre. Les timbres neufs
surchargés n'existent pas, ils s'agit de fabrication privées
sans aucun intérêt."
Très rapidement, après leur apparition, les philatélistes se sont intéressés à ces surcharges. Divers notes et articles sont parus dans la presse philatélique tant en France qu'aux États-Unis.
En 1958 Henry M. Gooking fit paraître, sous l'égide du Collectors Club de New York, une remarquable étude des 64 pages sur le sujet, illustrée de nombreuses pièces, avec une abondante bibliographie. Concernant les timbres neufs, H.M. Gooking écrit : "Should the RF overprints legitimately appears on unused stamps and postal stationery ? If you put the question to serious collectors who were interested in these issues since World War II, almost all would answer "No" !" (1).
L'Échangiste Universel a publié, en avril 1966, un article intitulé : "Naissance des surcharges RF de la Poste Navale Française (1943-1945)", par Henry C. Dupont. L'auteur décrit précisément "les différentes phases par lesquelles passait une lettre écrite à bord d'un bâtiment de la flotte française:
1° L'expéditeur devait inscrire sur l'enveloppe: ses noms et prénom, son grade, le nom du navire et les mots "Poste Navale Française" . Il devait aussi porter la mention "Par Avion" ou "By Air Mail" . Il achetait au vaguemestre du bord un timbre aérien de 6 cents, le fixait sur l'enveloppe et remettait celle-ci au dit vaguemestre.
2° Ce dernier apposait seulement sur le pli le grand cachet rond avec ancre portant la légende : "Marine Française ou Marine Nationale - Service à la Mer". Notons que ce cachet ne devait pas être appliqué sur le timbre, mais qu'il y fut frappé, parfois par erreur.
3° À la première escale dans un port d'Afrique Française, le vaguemestre remettait la lettre au Bureau Naval, si ce port en était doté. Au cas contraire, il donnait la lettre au service local des P.T.T. qui transmettait le pli au Bureau Naval le plus proche.
4° Ce dernier faisait ouvrir la lettre par le Service de Censure qui en contrôlait le contenu, puis scellait le pli avec une bande de papier gommé sur laquelle était imprimé le mot "Contrôle". Il frappait ensuite à la fois sur la bande et sur l'enveloppe un cachet "en navette" portant en exergue : "Ouvert par les Autorités de Contrôle" et au centre, un repère en lettres ou en chiffres tel que: MA, MA-E, YA, TB-319, etc.
5° La surcharge RF était alors appliquée sur le timbre avec un cachet à main, d'un type variable suivant le Bureau Naval.
6° Puis le timbre surchargé pouvait être oblitéré immédiatement avec le cachet à date "Poste Navale" , à moins que le "retard systématique" soit ordonné. Dans ce cas, le cachet à date était appliqué à coté du timbre. Le délai observé, la figurine était enfin oblitérée. Ce qui explique que de nombreuses lettres portent deux oblitérations avec des dates différentes.
7° La lettre était ensuite envoyée au Bureau Central de Casablanca par l'intermédiaire du service local des P.T.T.
8° Ce dernier bureau remettait l'enveloppe à la Fleet Mail Office, service américain, chargé du transport aérien, qui pouvait, si la nécessité des opérations militaires l'imposait, censurer à nouveau le pli et appliquer un autre "retard systématique" . Après censure les autorités américaines scellaient la lettre avec un ruban adhésif transparent, portant imprimé : "Examined by" suivi d'un nombre identifiant le service de censure, tel que : 5974, 6007, 30144, etc. Ceci explique pourquoi l'on trouve souvent des plis portant à la fois les bandes de censure française et américaine. La lettre volait ensuite vers sa destination et pouvait être encore censurée à l'arrivée.
Pour les lettres remises par les marins basés à terre, ou à bord d'un navire ancré à demeure dans un port, le procédé était exactement le même."
L'auteur conclut : "Ils devront rejeter tout timbre neuf surchargé comme n'étant pas véritable. Notons que si ces timbres ont été vendus, comme certains l'affirment, aux bureaux de poste d'Alger et de Casablanca, il ne peut s'agir que d'imitations fabriquées par les postiers pour des collectionneurs trop confiants."
Rappelons que ce service était d'abord à la disposition des soldats américains, sans surcharge RF bien sûr, et ensuite à celui des marins français en Afrique, pour les lettres qu'ils envoyaient aux États-Unis. Le tarif de six cents, était celui, préférentiel, de la surtaxe aérienne.
Ces surcharges ont été crées pour différencier les courriers écrits en français, qui devaient être censurés par la censure française, de ceux écrits par des américains qui étaient vérifiés par la censure américaine, laquelle ne disposait pas de personnel lisant couramment le français.
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| Pli avec surcharge RF à cheval sur le timbre et la lettre |
Ces deux pièces font partie de la collection de Bertrand Sinais, aimablement prêtées pour Phil' Flash.
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| Entier
Postal à 6 c, dont de nombreux exemplaires furent régulièrement
utilisés, la surcharge RF est à cheval sur la vignette et la bande de censure |
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(1) "Les surcharges RF peuvent-elles légitimement se rencontrer sur des timbres ou des entiers postaux neufs ? Si vous posez la question à des collectionneurs sérieux qui se sont intéressés à ces émissions depuis la seconde guerre mondiale, pratiquement tous vous répondront "Non" !".
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